Photographier les caïmans du Pantanal

Le Pantanal est la plus vaste zone humide du globe. Il s’étend sur plus de 170 000 km2, à cheval sur le Brésil, la Bolivie et le Paraguay. Cette région abrite l’une  des plus forte densité animale de la planète.

Pour  photographier les caïmans, nous avons choisi d’aborder le Pantanal par le nord, dans sa partie brésilienne. La Transpantaneira, une piste de latérite rouge, s’étire sur 145 km et franchit 122 ponts entre Pocone et Porto Jofre où elle s’achève brusquement face aux rives du Rio Saõ Lourenço.

L’un des 122 ponts de la Transpantaneira. La plupart sont en bois et certains en assez mauvais état…

 

Les caïmans sont nombreux mais pour autant, il n’est pas aisé de réaliser des clichés qui  les mettent en valeur. Lorsqu’ils s’entassent sur les rives aux heures les plus chaudes, la lumière est très dure et leur cuirasse sèche brille au soleil. 

De plus, si les caïmans paraissent impassibles au premier abord, leur approche à pied est plus difficile et ils se montrent bien plus farouches que l’on pourrait l’imaginer. J’ai réellement compris pourquoi ils étaient si craintifs, malgré leur épaisse cuirasse et leur mâchoire d’acier, lorsque j’ai vu un jaguar en chasse…

 

Jaguar bondissant sur un caïman.

 

Leur approche est plus aisée en bateau et vous rencontrerez autour des pousadas des caïmans « imprégnés » absolument pas farouches, qui viennent prendre au bout d’un bâton ( ou de la main pour les plus téméraires), de petits piranhas péchés à la volée qui grouillent dans ces eaux brunes. Certains peuvent d’ailleurs se montrer plus agressifs car ils n’ont pas peur de l’homme et l’assimilent à la nourriture facile que lui procure se dernier, comportement totalement exclu avec un spécimen totalement sauvage.

Mais ce que je voulais, c’était des photos de caïmans totalement sauvages et, pour mieux les mettre en valeur, prises à leur hauteur, c’est à dire au ras de l’eau. Les caïmans étant courts sur pattes et la plupart du temps couchés sur les berges ou bien dans l’eau, il fallait absolument baisser l’appareil photo au plus bas pour éviter un point de vue en plongée.

Pour cela, il n’y avait pas cinquante solutions. Il fallait se jeter à l’eau. Au sens propre. 

C’est donc muni d’un cuissard ( plus pour éviter les éventuelles piqûres de punaises aquatiques que les morsures de caiman) que j’ai pénétré les eaux sombres à leur approche. 

La population de caïmans du Pantanal, essentiellement composée de caïmans à lunettes ( Caiman crocodilus), est évaluée à environ 10 millions d’individus, soit la plus grosse population mondiale. Les spots où ils se rassemblent en grande quantité ne manquent pas, surtout en saison sèche.

 

En pleine approche de caïmans à lunettes regroupés sur une berge.

Technique d’approche

 

Les caïmans à lunettes sont d’un tempérament plutôt farouche et, malgré leurs 2m50, ne sont généralement  pas agressifs envers l’homme. Il faut cependant rester prudent à l’approche des femelles qui surveillent les oeufs qu’elles ont enterré jusqu’à leur éclosion.

Une approche très patiente et discrète est donc nécessaire pour pouvoir réaliser des portraits dans leur milieu naturel. Mais malgré tout mes efforts, aucun mouvement n’échappe à leur vision perçante.

 

Le jaguar n’est pas l’unique prédateur des caïmans, et le photographe n’est pas seul à l’affût. Cet énorme anaconda jaune (Eunectes notaeus) ne laisse dépasser que ses narines et un anneau de son corps musclé. Il n’hésite pas à s’attaquer aux jeunes caïmans.

 

Un cuissard me permet de m’immerger dans l’eau jusqu’au torse et je progresse en restant au maximum dissimulé derrière les paquets de jacinthe d’eau qui flottent un peu partout et se déplacent parfois au gré du courant. Un chapeau, indispensable pour ne pas cuir sur place, permet également de  mieux me dissimuler et de casser ma silhouette humaine.

La progression est lente pour ne pas les effrayer et parce qu’il n’est pas évident d’évoluer parmi la végétation aquatique et le relief du fond totalement masqué par l’eau brune. J’ai d’ailleurs bien failli passer tout mon matériel de prise de vue à l’eau une fois ou deux… J’évite de lever les pieds et les faits glisser précautionneusement sur le fond pour éviter tout remous et pour écarter le risque de marcher sur une raie venimeuse.

 

Le miroir du dentiste. 840mm – 500iso – f/5.6 – 1/1000ème

 

Au bout de près d’une heure, certains caïmans, de nature curieuse et qui m’observent depuis ma mise à l’eau, n’hésitent pas à se rapprocher et à venir voir de plus près de quoi il retourne! Mais au moindre geste brusque, au moindre signe de danger, ils disparaissent aussitôt dans les eaux sombres. Parfois, l’un deux, dont les yeux émergent à peine de l’eau, parfaitement dissimulé dans la végétation aquatique, invisible jusqu’à la dernière seconde, s’enfuie  brusquement dans un fatras d’éclaboussures à quelques centimètres de moi.

Bien entendu, un affût flottant artisanal aurait été plus confortable et aurait vraisemblablement permis une meilleure approche, mais en voyage, l’encombrement d’un cuissard est beaucoup plus gérable.

 

Lever du jour sur les eaux calmes du Pantanal. Des brumes émanent du fleuve, le héron prend son envol et le caïman rode nonchalamment.

Quand photographier les caïmans?

 

C’est en saison sèche que l’on observe les plus grands rassemblements autour des points d’eau résiduels. Les mois de juillet, août et septembre sont donc recommandés. Mais les caïmans sont bel et bien présents toute l’année…

 

En saison sèches, les caïmans se regroupent autour des derniers points d’eau, ce qui donne lieu au spectacle saisissant de dizaines de caïmans dans une extrême promiscuité.

 

Le second avantage de la saison sèche ce sont les fabuleux couchers de soleil et la splendide lumière dorée qui s’étire en fin d’après midi. Elle est idéale pour la photographie, apporte chaleur, douceur et relief aux cuirasses des caïmans qui profitent des derniers rayons sur les berges.

 

Quel matériel de prise de vue utiliser pour photographier des caïmans dans leur milieu naturel?

 

Compte tenu de leur tempérament farouche, je recommande sans hésitation l’utilisation d’une longue focale, de préférence supérieure à 400mm.

 

Prise de vue au ras de l’eau… 840mm – 800 iso – f/5.6 – 1/800ème

 

Pour ma part, j’au utilisé le fabuleux Canon EF 600 mm f/4L IS II USM parfois accompagné d’un convertisseur  x1.4, associé à un boitier réflex plein format ( Canon 1Dx mark2). Et je n’hésite pas jouer avec le filtre polarisant monté à l’arrière du 600mm pour supprimer ( ou non !) les reflets.

L’ensemble était monté sur une tête pendulaire Benro supportée par un monopode Gitzo série 2 à quatre sections en carbone. Sa large base rotative en caoutchouc est un réel atout, tant par sa stabilité sur sol meuble que par la fluidité supplémentaire qu’elle apporte pour le suivi des sujets.

Les paramètres de prise de vue.

 

Je travaille presque toujours en mode priorité à l’ouverture ( Av).

Ici, je choisi la plus grande ouverture possible, f/4 avec le 600mm ou f/5.6 lorsque j’ai monté le convertisseur x1.4. Une grande ouverture permet au sujet de bien se détacher sur le fond qui est souvent très près, et de préserver une faible montée de la sensibilité en fin de journée.

Cependant, pour les photographies  réalisées  au plus près, je peux fermer le diaphragme jusqu’à f/11 pour m’assurer une profondeur de champs plus importante qui couvre le bout de la gueule jusqu’aux yeux.

Par défaut, j’applique une sous exposition de -2/3IL afin de préserver au mieux les hautes lumières.

 

Caïman nageant à ma rencontre. Notez les dents inférieures qui transpercent la mâchoire supérieure. 840mm – 5000iso – f/5.6 – 1/1000ème

 

 

Le monopode et le système de stabilisation de l’objectif permettent de descendre à des vitesses de l’ordre du 500ième de seconde sans trop de pertes, dès lors que le caïman est immobile.

Les vues de face me paraissent toujours les plus spectaculaires mais je vous laisse juge…vous pourrez découvrir l’ensemble des photographies réalisées lors de ce voyage dans le Pantanal sur mon, site web en cliquant ici.

 

Avertissement

 

Lors de notre séjour au Pantanal, j’ai eu l’occasion de procéder à des mises à l’eau régulièrement.

A aucun moment, je ne me suis senti en danger ou menacé par l’une de ces créatures (les animaux les plus agressifs auxquels j’ai été confrontés, notamment en fin de journée, sont les moustiques, bien plus voraces et mordants!). De nombreux spécimens se sont montrés curieux et n’ont pas hésité à s’approcher très près de moi pour mieux m’observer. Ils ne leur manquait plus qu’un appareil photo!

 

Cuissardes, monopodes et tête pendulaire… de bons alliés pour photographier les caïmans. Les plus curieux, juste derrière moi, m’observent de près et scrutent le moindre de mes mouvements

 

Cependant, je me dois de préciser que si le caïman à lunettes n’est pas agressif, ce n’est pas le cas de toutes les espèces de crocodiliens dans le monde. Il serait beaucoup plus dangereux de se mettre à l’eau avec de gros spécimens de caïmans noirs ou des alligators d’Amérique du Nord et  impossible de le faire avec des crocodiles du Nil, largement répandus en Afrique, ou des Crocodiles marins. Non seulement ces espèces atteignent des tailles beaucoup plus importantes pouvant dépasser les 7 mètres, mais leur comportement est très agressif envers l’homme.

 

 

 

 

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